Patrimoine

La Loire

Premier fleuve reconnu comme site du Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

Fleuve vagabond, elle changea de direction au cours des différents plissements, le dernier cataclysme l'orientant à l'ouest, vers l'Atlantique, puis d'inondations en inondations, elle quitta les coteaux du septentrion et adopta son cours actuel, laissant après son passage des terres alluvionnaires fertiles propices aux cultures.

Fleuve sauvage, elle fut peu à peu domestiquée, flanquée de levées au cours des siècles, afin de protéger les hommes, et leurs biens des grandes crues dévastatrices.

La Loire arrose Chouzé sur plus de 8 km, et en basses eaux son débit est de 25 à

30 mètres cubes à la seconde ; il peut atteindre environ 8.500 m3 lors de fortes crues. Sa chute est 0,33 cm par kilomètre.

A Chouzé la Loire roule ses eaux entre bancs de sable, îles, gravières, vignes, prairies et forêts.

Le quai des Sarrazins

Ce quai, restauré en 1999, atteste le rôle important que le port de Chouzé sur Loire a connu au cours des siècles et au temps de la marine à voile. On y voit encore des bornes, des anneaux d'amarrage.

Bateliers et mariniers étaient nombreux à habiter la commune, et plusieurs rues y font référence : rue du Port, rue de l'Alose, rue de la Toue, rue des Mariniers.

Barques plates, à voile rectangulaire, moulins-bateaux, gabares sillonnaient le fleuve, transportant passagers et marchandises : le sel remontait de l'océan, les céréales, les ardoises

La pêche était aussi une source importante de revenus, car on y trouvait une grande variété de oisons : ablette, anguille, arc-en-ciel, brème, brochet, carpe, chevesne, goujon, gardon, hotu, perche, tanche...

Au 3 quai des Sarrazins on observe, gravés dans la pierre, les différents niveaux des crues de la Loire, depuis le milieu du 18ème siècle.

Le quai des Sarrazins est intégré au sentier européen de randonnée culturelle de l'été de la Saint Martin, sentier inauguré le 11 novembre 2005 à Tours.

L'hôtel de Ville

Après la démolition de l'église lors de la Révolution, les paroissiens se réunissaient dans l'ancienne halle ; mais elle était  devenue malsaine, elle fut à son tour démolie. 

 A cet emplacement, ouvrant sur le côté nord, fut érigée la Mairie ; une nouvelle halle lui fut adossée, côté Loire, Chouzé étant le siège d'un marché assez important, les mercredi et dimanche matin.

 Lors de la disparition du marché, la halle fut d'abord transformée en salle des fêtes, puis lors de la construction d'une salle polyvalente, la Mairie fut agrandie.

L'église

Une église avait été construite au 11° siècle;  elle dépendait de l'Abbaye de Bourgueil et était renommée  pour son haut clocher abritant trois cloches. Fermée en 1792, elle fut mise en vente en raison de son mauvais état, et du danger en résultant.

 L'église actuelle fut élevée sur l'emplacement de l'ancien cimetière, la première pierre fut posée le 5 juin 1825, et consacrée en  1827 à la Vierge Marie et aux saints apôtres Pierre et Paul. Seule la cloche Louise-Gabrielle, datant de 1757, avait été conservée et fut placée dans le nouveau clocher.

 L'édifice, de plan basical et de style très dépouillé, se compose de trois nefs séparées par deux rangées de colonnes. Sa particularité : avoir été la première église du département construite après la Révolution, d'avoir été réalisée en utilisant le mètre comme unité de longueur et d'avoir fait référence au symbolisme chrétien du Moyen Age.

 A l'initiative de la Municipalité, les vitraux ont été restaurés en 1991 dans le respect des symboles et couleurs d'origine.

 A l'intérieur on peut admirer peintures et sculptures, dont certaines sont classées, et un bateau votif, l'Union, offert en 1848 par les mariniers, en hommage à Saint-Pierre.

La Maison du Bailli

C'est une construction en pierre de taille, avec pignons aigus et toiture d'ardoises. Elle est éclairée par une belle lucarne renaissance à croisée de pierre encastrée de pilastres. Le fronton est occupé par un blason. Ce qui fait aussi le charme de cette façade, ce sont les deux tourelles coiffées de poivrières.

Le logis a été agrandi au couchant par une addition, édifiée sur une cave aux voûtes appareillées Une tour polygonale, ne se voyant pas de la rue, abrite le classique escalier de pierre.

Une tradition locale l'a désigné encore parfois sous le nom de "Maison du Bailly". L'élégance de son architecture permet en effet de supposer qu'elle fût construite par et pour un notable, peut-être un officier de la Châtellenie des Réaux ou de l'Abbaye de Bourgueil, qui possédait dans la paroisse le prieuré du Plessis-aux-Moines.

Or, la recherche de ses propriétaires a montré qu'à la fin du 18ème siècle le logis appartenait à Pierre-Urbain Hudault qui fut notaire de 1755 à 1807, mais qui est aussi qualifié de "Contrôleur des actes". Il était également procureur fiscal pour le Plessis-aux-Moines.

La façade et la toiture de "La Maison à Tourelles rue de l'Eglise" à Chouzé ont été inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Le nom de "Maison du Bailly" que la tradition nous a transmis a la préférence des historiens.

Les Moulins caviers des Pelouses


Le premier moulin cavier qui a été construit à Chouzé sur Loire, rue des moulins, sur le modèle des caviers Angevins voisins, vers 1797, était la propriété de Martin Poirier ancien marinier de Loire, devenu meunier.

Le moulin est construit « avec et sur » une structure de cave, d’où son nom ; ces types de moulins sont d’origines semi-troglodytiques. Le meunier dans les pays de Loire était aussi vigneron, d’où un moulin adapté à ces deux activités. La technique du moulin-cavier, a ceci de particulier, que les mécanismes de mouture sont situés en partie basse, au même niveau que les appareillages de traitement du raisin et du vin : pressoir, futailles, barriques etc.… Le moulin-cavier conçu avec sa masse de pierres voûtées recouvertes d’argile, permettait d’entretenir à l’intérieur une certaine fraîcheur constante en toutes saisons, utile au traitement des céréales et favorable à l’élaboration et à la conservation du vin.

Le meunier avait accueilli et pris à Bail un jeune homme rescapé, avec son frère, des noyades où ils avaient été jetés dans la Loire à Nantes, lors des journées de la terreur de 1793, organisées par le Comité de Salut Public de la Révolution, dans cette ville. Ces événements tragiques coûtèrent la vie à leurs parents, mais leur fut épargné par le courage d’un marinier de Saumur, qui les sauva de la noyade et les cacha dans son embarcation jusqu’à Chouzé sur Loire.

Stanislas et Jean-Baptiste Vallée de Champfleury, négociants de petite noblesse, trouvèrent à Chouzé l’asile, la miséricorde et la paix, après ces événements tragiques. Bien intégrés à cette commune, leur nom définitivement amputé de la particule leur a permis d’échapper à toutes recherches. Stanislas s’associa à ses sauveteurs et devint batelier de Loire ; son frère Jean-Baptiste se mariant en 1810, avec l’une des filles de Maître Poirier devint meunier vigneron lui-même, et  même boulanger : le pain pour la commune, étant en effet cuit dans le four du moulin !

Le temps de la paix civile revenu, la meunerie et le commerce du vin sont en extension ; la navigation de la Loire étant florissante,  Stanislas peut aider Jean-Baptiste et sa nouvelle famille a édifier en 1821 le Grand moulin, qu’il modernisera en 1856 avec des ailes à planches, ce qui portera à « 6 » le nombre des moulins en activité près du centre bourg.

Lorsque la marine de Loire entra dans son déclin, un certain nombre de mariniers trouvèrent à se reconvertir en meuniers. Il n’y a pas loin en effet entre la conduite d’une gabarre et la marche d’un moulin entoilé aux vents. Tel fut le destin aux Pelouses, d’anciens mariniers devenus meuniers-vignerons jusqu’à la fin du 19e siècle.

François Vallée, fils de Jean-Baptiste né en 1823 à Chouzé, exploitera en famille les moulins des Pelouses jusqu’en 1895, où il cessa l’exploitation de ceux de la rue des moulins. Son fils Gustave né en 1857 continuera le métier,  mais au moulin de l’Aumône à Bourgueil sur la rivière du Changeon.

Le site des pelouses comporte une autre singularité : les 5 autres moulins, conservèrent la vieille technique des ailes à toiles, alors que le grand moulin avait adopté les ailes à planches mécanisées de « type Berton ». Il fut d’ailleurs dans la commune, le seul modernisé avec ce système qui permettait d’ouvrir ou de fermer ses ailes de l’intérieur du monument !

Le moulin cavier, caractéristique du Val de Loire, unique en notre pays, est un trésor, architectural de pierres et de bois, fruit de l’ingéniosité des hommes d’hier, et de la maîtrise à laquelle étaient parvenus, les maîtres tailleurs de pierres de cette région, bâtisseurs d’églises et de châteaux, qu’il nous faut sauvegarder pour la mémoire des hommes de demain.

Depuis 1991, une famille s’emploie à relever pierre par pierre, les moulins devenus ruines, abandonnés de tout entretien depuis longtemps. Habitant, comme jadis les meuniers, à l’intérieur des salles voûtées, les hôtes du lieu, en vivant là, redonnent une seconde vie aujourd’hui, aux vieux moulins.

Classés Monuments Historiques en 1995, pour leur qualité architecturale, ethnologique et historique, les 2 moulins survivants, après des travaux qui doivent s’échelonner sur plusieurs années, retrouveront un jour dans le ciel, leurs ailes animées comme jadis.

Le meunier-vigneron et son moulin cavier, le pain et le vin élaborés ici dans le passé, nourriture matérielle et spirituelle, n’est-ce pas le symbole de vie éternelle ?....

Gabriel PENET

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